Une attaque contre toutes les religions


Bien que les médias aient fait état de l’adoption à l’unanimité de la loi « About-Picard », moins de 3,5% des sénateurs et des députés ont pris part au vote. Peu d’hommes politiques ont véritablement soutenu la législation et nombreux sont ceux qui s’inquiètent du développement de l’intolérance religieuse. Mais en raison du climat de Maccarthysme antireligieux créé en France par une poignée d’extrémistes seuls quelques-uns d’entre eux sont suffisamment déterminés pour s’élever contre ce phénomène.

Pendant le débat sur le projet de loi “About-Picard” à l’Assemblée nationale, les députés qui furent à l’origine de la commission parlementaire de 1995 trahirent par leurs propos leurs véritables intentions.

M. Brard dénonça les églises établies en ces termes : “Dans ce contexte, la récente prise de position de Mgr Billé, président de la Conférence des évêques de France et de M. de Clermont, président de la Fédération protestante de France, sont surprenantes. (...) Peut-être eût-il mieux valu que Mgr Billé s’adressât à M. Vernette [Délégué de l’Episcopat pour la question des sectes] pour lui recommander plus de prudence et de discernement dans ses prises de position et dans ses relations (...) Et peut-être M. de Clermont eût-il été mieux inspiré en examinant de manière attentive et critique le fonctionnement de certaines organisations se prétendant “évangéliques” pour des activités qui ne le sont guère.”
Un député, Philippe Vuilque, annonça que “les prochaines batailles se livreront contre des ennemis plus professionnels, plus discrets, plus difficiles à identifier car se confondant avec les milieux qui leur sont favorables. Je pense à certaines ONG, aux réseaux de psychothérapeutes, à certains groupes de guérison ou de lutte contre le diable, constitués autour d’un leader charismatique qui se réfère à la Bible, au Coran, au Talmud pour assurer son emprise.”
La Bible ? Le Talmud ? Le Coran? Les principales religions de France perçurent, à juste titre, que la loi “About-Picard” visait l’essence de toutes les croyances et pratiques religieuses. Après tout, il n’existe pas de définition juridique de la notion de “secte”. Qui va donc la définir ? Le gouvernement ? Outre le fait que la MILS a travaillé en étroite collaboration avec l’ADFI, est également inquiétante la déclaration du président de l’ADFI au quotidien danois "Christian Daily" quelques jours après le vote de la loi : “Nous avons assisté à un développement sectaire au sein de nombre de sociétés catholiques”.
Nous pouvons aussi reprendre le commentaire de Catherine Picard relayé par l’agence Reuters, selon lequel la loi vise les groupes de nature “spirituelle, ethnique et philosophique”.

Si c’est le gouvernement qui détermine ce qu’est une “secte”, il n’est pas surprenant de voir se renforcer la surveillance opérée par les RG sur les organisations religieuses. La publication sur Internet Christian Broadcasting Network (CBN), a rapporté en février 2002 que des officiers des RG participaient à des services évangéliques et prenaient des notes sur les cérémonies. Le Pasteur Samuel Peterschmitt, que les RG ont pris pour cible, a déclaré à CBN qu’"il est désormais vraiment très difficile d’enseigner le gospel en France”.

Un certain nombre de personnalités religieuses considèrent que la controverse sur les religions minoritaires en France sert à détourner l’attention de la corruption politique. Ceci n’a pas non plus échappé à nos voisins européens. Par exemple, le journal londonien The Guardian affirmait dans un de ses articles que la campagne anti-sectes qui faisait rage en France avait pour but de blanchir la classe politique à moindre frais (“La religion est un droit, il faut se battre pour la défendre”, The Guardian, 25/12/98). Au cours des dix dernières années plus de 1500 mises en examen d’élus ont été prononcées. 70% des instructions closes ont donné lieu à une condamnation provisoire ou définitive. Si les critères de la loi “About-Picard” étaient appliqués aux partis politiques, la plupart de ces organisations seraient passibles de dissolution.